A un changement de tête correspondait souvent un changement d’orientation politique. C’était d’autant plus vrai pour les ogres-mages. Et c’est cette pensée plutôt amusante que Zambatô avait trouvé pour calmer son esprit fiévreux alors qu’il laissait son clan dans l’enceinte de Mur-des-fougères le temps d’écrire un pamphlet. Il fallait faire concis mais en même temps ne rien omettre.

Le maître-lame savait écrire mais il n’était pas certain que l’un ou l’autre double sens ne se glisserait pas sans qu’il ne s’en aperçoive. Ne trouvant pas ses mots du premier coup, il essaya une autre approche et se remémora ce qui l’avait amené ici. Cette mémoire ne lui plut pas.

Après bien des difficultés pour faire survivre son petit clan, Zambatô avait toujours l’impression d’avoir quelque chose à prouver malgré ses quarante années passées au service des orcs, y compris à une époque où ils ignoraient tout du concept de Horde. Quand l’occasion lui fut donnée de contrer le clan Noirsang, rebelle et renégat, il sauta dessus.

La bataille fit rage dans les neiges éternelles d’Alterac mais la victoire lui parut vaine ou pire que la défaite. Ses adversaires étaient protégés par les Loups-de-givre (qui devenaient ainsi traitres) et avaient réussi à s’échapper. Leur chef seul avait été capturé, pour un temps, et Zambatô, déboussolé par les tactiques employées pendant et après l’attaque, tenta de le libérer et finit empoisonné.

Cette action était une folie, mais les réprouvés et les agents de Garrosh qui parlaient pour le garder dans leur camp firent davantage pencher l’opinion du vieil orc. Ces méthodes, ce ton, et l’honneur des orcs sans cesse bafoué. C’en était trop. Quand il fut libéré et guéri, il rassembla son petit clan. S’il décidait de s’opposer à Garrosh, il mourrait, son clan avec. L’Alliance ne manquerait pas de saisir l’occasion de sauter à la gorge d’une Horde divisée. Tout ce pour quoi il avait combattu serait détruit.

Zambatô n’a pas défié le chef de guerre ; il ne s’est pas mis à disposition de cet autre ‘auto-proclamé chef de guerre de la Horde Libre’ ; il n’a pas joint les trolls ; jamais il ne se fera dicter sa loi par l’Alliance. Mais Zambatô va lutter. Lui mourra peut-être, mais son clan doit demeurer et ses valeurs doivent l’emporter. La Horde doit survivre, même sur le cadavre de Garrosh.

Zambatô écrit finalement.

 » Orcs, ogres, défenseurs des valeurs de la Horde ancestrale. Nous ne pourrons peut-être pas empêcher cette lame de révolte de s’abattre sur nos foyers. Mais nous pouvons encore nous assurer qu’ils ne tombent pas aux griffes de l’Alliance ou à celles de ces brigands qui profiteraient du chaos qu’elle causerait. Nous avons brisé les chaînes forgées par les démons, par l’Alliance et par le Roi-Liche. Nous survivrons à tous les tyrans qui se bafouerons nos codes et traditions. Comme jadis, comme maintenant. Rejoignez-nous.  »

Le message est illustré de fers ouverts, symbole d’une liberté retrouvée.

Zambatô se lève et envoie un jeune guerrier poster cela jusqu’à Tranchecolline, en passant par tout point de ravitaillement aux Tarides. Puis il retourne converser avec les ogres.

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